Le carré chinois du cimetière de Saint-Etienne-au-Mont (Pas-de-Calais)

Situé à 5 kilomètres au sud de Boulogne-sur-Mer, moins connu que le cimetière chinois de Noyelles-sur-Mer dans la Somme, le cimetière communal de Saint-Etienne-au-Mont dans le Pas-de-Calais contient un carré de 160 tombes de travailleurs chinois du « Chinese Labour Corps » de l’armée britannique ainsi que 3 tombes de matelots chinois de la marine marchande, 10 tombes de la « South African Native Labour Corps » et de 3 tombes de travailleurs britanniques. Il est à ce titre entretenu par la Commonwealth War Graves Commission.

Plaques à l’entrée du cimetière
Vue d’ensemble du « carré chinois »

Au sein du carré : un monument commémoratif de style chinois, érigé en décembre 1919 (en même temps que les tombes), « à la mémoire des travailleurs chinois enterrés dans ce cimetière, morts en service en France pendant la Grande Guerre. » Il relate également le parcours de ces « constructeurs de la voie ferrée parallèle Boulogne-sur-mer – Saint-Omer. » L’inscription est gravée en français, anglais et chinois. Morts en 1919, ces travailleurs sont tous décédés dans le N°2 General Labour Hospital de Saint-Etienne-au-Mont des suites de la grippe espagnole.

Le monument commémoratif
Gros plan sur le texte en français du monument

Comme à Noyelles-sur-Mer, les pierres tombales de Saint-Etienne-au-Mont comportent une épitaphe célébrant le travail ou la fidélité du travailleur, son nom en chinois ainsi que son numéro de matricule.

Exemple de pierre tombale

Durant la Première Guerre Mondiale, près de 140.000 travailleurs chinois gagnèrent le front de l’ouest (96.000 employés par l’armée anglaise dans le « Chinese Labour Corps », 37.000 par l’armée française, 7.000 par l’armée américaine) et 200.000 gagnèrent le front de l’est en Russie. Sur le front occidental, assimilés aux « travailleurs coloniaux », ils furent affectés à l’arrière (manutentions dans les ports, ateliers, usines, etc.) mais aussi dans la zone de guerre (travail dans les tranchées, logistique, etc.). Après l’Armistice, ils travaillèrent également à la reconstruction, à la recherche de sépultures et aux créations de cimetières militaires. Environ 3.000 d’entre eux choisirent de rester en France et créèrent ainsi la première communauté chinoise en Europe (dans le quartier de la Gare de Lyon à Paris).

Texte : David Maurizot

Sources :

Sources photographiques :

  • Claude Jaeck
  • Chemins de Mémoire