Le capitaine de Contenson, de passage à Hong Kong

Attaché militaire à Pékin de 1871 à 1874, le capitaine Guy de Contenson a longuement arpenté l’Asie, de la Chine au Japon, de la Malaisie à l’Indonésie. Hong Kong est une étape obligatoire de ces voyages ; dans l’un de ses récits, il s’attarde sur la colonie britannique.

Le baron Guy de Contenson a 27 ans lorsqu’il accepte le poste d’attaché militaire à Pékin. C’est un jeune capitaine ambitieux et curieux qui profite de son affectation pour découvrir l’Asie. En voyageur infatigable, il n’hésite jamais à donner des conseils aux personnes qui pourraient le suivre : hôtels, moyens de transport, bonnes tables et objets de curiosités… certaines pages n’ont rien à envier aux guides de voyage modernes.

Au cours de ses pérégrinations, il doit évidemment passer à Hong Kong, porte vers la Chine et incontournable arrêt des navires. Le jeune capitaine arrive de Saigon à bord du «Mei-Kong», précisément le jour de l’anniversaire de la reine Victoria (un 24 mai donc), dignement fêté dans la colonie. Le bateau «fut reçu par le sabbat de la musique anglaise, au milieu des drapeaux flottants.»

Comme tous les voyageurs de son temps, il s’extasie sur la ville créée «sur un rocher absolument nu, mais le long d’une excellente rade». Guy de Contenson, dont le récit très pratique et épuré est avare de descriptions, remarque le «très bel aspect [de la ville] avec ses villas suspendues aux flancs de la montagne. Ces habitations peuvent rivaliser avec celles de Frascati ou d’Albano, en laissant de côté, bien entendu, les œuvres d’art, quoiqu’elles renferment de ravissantes chinoiseries.» Et de s’attarder plus longuement sur la «villa Jardyne, à deux kilomètres de la ville». Le voyageur rappelle que son propriétaire a fait fortune grâce à sa flotte de «rapides steamers» qui devançaient la malle anglaise pour apporter les nouveautés d’Europe.

«Quant aux Français, ils font peu d’affaires sur la place de Hong Kong : nous n’y sommes guère représentés que d’une manière officielle par nos consuls, nos navires de guerre, etc.» Le nombre de Français est en effet négligeable à cette époque et «à l’exception de l’agence des messageries maritimes, il n’y a pas d’établissements français». Le militaire vaincu de la récente guerre franco-prussienne ne manque pas de montrer du doigt, en comparaison, la présence allemande. «Les Allemands […] sont les maîtres. Leur prospérité se révèle à la richesse des édifices publics et privés qui leur appartiennent, et, entre autres, du club qu’ils ont fait construire : aussi beau à l’extérieur que le club anglais, il est mieux aménagé à l’intérieur.» Est-ce certain ?

Les informations de Guy de Contenson reposent parfois sur les rumeurs et quelques exagérations de ses compatriotes. Ainsi affirme-t-il que la température peut descendre «en hiver jusqu’à douze degrés au-dessous de zéro». L’observatoire anglais n’étant pas encore créé à cette époque, il est difficile de vérifier, mais aucun récit n’a jamais noté de telles températures. Dans un autre registre, à peine est-il débarqué qu’il cancane sur la fille du gouverneur Kennedy. «Cette jeune miss dirige tout ce que la constitution des colonies anglaises laisse d’autorité à son papa.» Racontars qui circulent, à n’en pas douter, et que Guy de Contenson relaie.

Il est difficile de dire en quelle année précisément il est passé par la colonie britannique. Son récit «Chine et Extrême-Orient» laisse penser qu’il s’agit d’un seul et même voyage alors qu’il n’en est rien. De 1871 à 1874, Guy de Contenson est basé à Pékin et profite de la moindre occasion pour musarder en Extrême-Orient. On peut supposer que son passage hongkongais date du printemps 1873 ou 1874 car le gouverneur Kennedy, auquel il fait allusion, n’arrive qu’au cours de l’année 1872. Mais de Contenson, lui-même, ne doit plus être très sûr de la chronologie puisque la première édition de son ouvrage date de 1884, soit dix ans après son retour. Entre temps, il a quitté l’armée pour devenir propriétaire terrien en Espagne… Le démon du voyage reprend le baron en 1897, lorsqu’il monte une expédition archéologique dans le Taurus. En 1915 il a 71 ans, et on le retrouve reprenant du service dans l’armée, en Russie aux côtés du général Pau.

François Drémeaux

Sources : Guy de Contenson, Chine et Extrême-Orient, Paris, 1884 ; Numa Broc, Dictionnaire illustré des explorateurs français du XIXe siècle, Paris, 1992.

Remerciements à M. Yves Azémar et son inépuisable librairie d’ouvrages anciens sur l’Asie, 89 Hollywood road – Hong Kong.

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