Mémoire de lecture – Un Chemin de fer au Yunnan : Témoignages et Récits

L’aventure d’une famille française en Chine, Pierre Marbotte

L’histoire est simple mais attachante. Blanche et Georges-Auguste Marbotte forment un couple uni, et finalement quelque peu ordinaire mais ils vont vivre une aventure hors du commun pour l’époque. Ils ont deux enfants, Jean et Miki qui participent au récit. Si le petit-fils du héros peut raconter cette histoire c’est avant tout grâce aux deux lettres hebdomadaires que Blanche écrit avec persévérance et fidélité pendant plus de trois ans à son mari, expatrié à 15,000 kilomètres de la France, aux confins de la Chine.

George-Auguste Marbotte, esprit aventureux avait d’abord essayé de s’expatrier dans l’Oranais pour diriger l’exploitation d’une mine de phosphate. Cette expérience s’étant soldée par un échec, c’est alors que naquit l’idée d’une situation en Chine. En 1902, c’était le temps où la Chine affaiblie avait été dans l’obligation de passer des traités avec les puissances occidentales, et de leur consentir des avantages comme par exemple le développement de liaisons ferroviaires pour pénétrer les provinces d’accès difficile. Le Yunnan, en ce temps là, excitait la convoitise des Anglais comme des Français qui avaient élaboré des projets de pénétration ferroviaires dans la région.

Des projets anglais à partir de Bangkok, et de Birmanie sont discutés, et même entrepris. Du côté Français, Paul Doumer négocie en 1897, la construction d’une ligne de chemin de fer du Tonkin vers le Yunnan, entreprise très difficile compte tenu de la topographie des lieux . Un voyageur décrit : « La première partie sera coûteuse en hommes comme en argent… Ce n’est plus le Tonkin, ce n’est pas la Chine mais une sorte de boyau ascendant inhabitable et inhabité. » Le 10 avril 1898, une convention accorde à la France le droit de construire un chemin de fer de Laokai à Yunnanfou (actuellement Kunming).

Le 9 août 1903, Georges s’embarque donc à Marseille sur l’Australien en route pour Saigon qu’il atteindra après 24 jours de mer. Ce n’est pourtant que vers le 20 septembre qu’il arrivera à Ho-Keou car de Saigon il prendra le paquebot jusqu’à Haiphong, le train jusqu’à Vietry, et une chaloupe à vapeur pour arriver à Laokai, ville frontière avec la Chine. A la fin septembre, il prendra enfin son poste de comptable auprès de l’entreprise Waligorski, soustraitante de la société des chemins de fer d’Indochine. En fait, il aurait pu mourir dix fois durant le voyage de maladie, ou d’accident, et il va rester presque 4 ans sans revenir en Métropole.

Gràce aux échanges épistolaires entre les époux Marbotte, nous vivons la vie d’un expatrié en Chine au début du siècle dernier, et on suit l’évolution de la construction de la ligne, et ses problèmes. En 1905, Georges signe un nouveau contrat à Loukou avec l’entreprise italienne Bozzolo. Il rentre alors en France par l’Est, en faisant un tour du monde pour revenir quelques mois plus tard en Chine avec Blanche, et les enfants. Cette fois, elle a décidé d’abandonner son poste de professeur des Ecoles pour le suivre dans l’aventure. Ils sont très proches de la population locale, et grâce au journal intime tenu par Blanche, on peut suivre leurs petites aventures quotidiennes.

Après plus de 2 ans, son contrat terminé, Georges rentre en France avec sa famille en 1908. Malheureusement, Blanche meurt subitement en 1909 d’une intervention chirurgicale bénigne.

La « ligne » sera inaugurée le 4 avril 1910. Georges se remarie,et reprend son métier de comptable jusque dans les années vingt. Il décède en 1935, la même année que le Mandarin Blanc dont il aura sans le savoir croisé la route sur les chemins du Yunnan. Pendant longtemps la ligne du Yunnan resta célèbre dans le monde comme un exemple des prouesses techniques des ingénieurs et entrepreneurs français.

Actuellement, le trafic a été complètement rétabli, et la ligne fonctionne toujours. C’est un chemin touristique mais elle est toujours empruntée par le population locale qui fait partie des minorités en Chine.

Michel Nivelle