Charles de Montigny, pionnier de la présence française en Chine

C’est à la suite d’un différent entre les autorités de Canton et les commerçants anglais que naît la « Première Guerre de l’opium » qui verra la flotte anglaise défaire les troupes impériales, et occuper les villes de Canton, Amoy (Xiamen), Ning-po (Ningbo) et Changhai (Shanghai). Cette épopée guerrière se terminera le 28 août 1842 à Nankin (Nanjing) où fut signéun traité par lequel l’île de Hong Kong sera cédée à l’Angleterre, et les ports de Canton, Amoy (Xiamen), Fou-tchéou (Fuzhou), Ning-po ….et Changhai ouverts aux commerçants anglais.

La France s’impose
La France avait eu un consulat ouvert à Canton dès 1776 mais que le dernier agent consulaire avait quitté en 1801. Sous la pression des chambres de commerce, soucieuses de développer leurs activités en Chine, le gouvernement du roi Louis-Philippe décide en 1839 d’y envoyer un nouveau gérant du poste. Le gouvernement du roi, fort au fait des privilèges acquis par l’Angleterre et les Etats-Unis dépêcha ensuite une importante délégation dirigée par un diplomate chevronné : Théodose de Lagrené. La délégation, naviguant à bord d’une frégate et deux corvettes, arriva à Macao le 13 août 1844.

Le 24 octobre 1844, soit après plus de deux mois de négociation avec les représentants de l’empereur, M. de Lagrené signera enfin le traité de Whampoa, qui en plus des accords d’ouverture au commerce des cinq ports, octroyait le droit aux français de « louer ou bâtir des maisons et des magasins pour y entreposer leurs marchandises » et également « y établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des écoles et des cimetières ».

Charles de Montigny
C’est donc le 25 Janvier 1848, qu’arrive à Shanghai sur le vapeur anglais Caraibe en provenance de Singapour, Louis Charles-Nicolas-Maximilien de Montigny, un homme de 42 ans, né à Hambourg le 4 Août 1805, fils de royaliste, ayant bourlingué jeune en Espagne et à la guerre d’indépendance de la Grèce et rangé depuis 1831 comme chargé des subsistances au Ministère de la Marine. Il était à bord de la Sirène avec M. de Lagrené lors des négociations du traité de Whampoa.

Charles de Montigny, pionnier de la présence française en Chine

Le 20 Janvier 1847, Le Moniteur publie sa nomination comme agent consulaire à Changhai, un des ports ouverts par le traité. Un an après, il vient donc présenter ses lettres de créance au Taotai de la ville chinoise de Changhai. Il y suivait son collègue anglais, Georges Balfour qui s’était installé depuis plus de 4 ans et avait réussi à acheter des terrains le long du fleuve Whangpoo (Huangpu), entre le ruisseau du Yang King-Pang (la Yan’an Lu actuelle) et le Soochow Creek (la rivière Suzhou).

Son premier travail fut de se trouver une légitimité car si ce n’est la présence d’une centaine d’anglais, américains, scandinaves, belges et ibériques résidant de la vieille ville chinoise à ce qui allait devenir le Bund, point de français à l’horizon… Heureusement, il y avait les religieux dont la présence datait de quelques années : les missionnaires qui vivaient dans une propriété où s’édifiera dix ans après l’église Saint Joseph (au 36, Sichuan Lu actuelle) ; et surtout les jésuites dans l’église et le domaine de Saint Ignace de Zi-Ka-Wei (Xu Jia Hui) – créé en 1847. Le républicain allait se faire le protecteur des catholiques…

et ce jusqu’à l’apparition du premier commerçant français à Shanghai, un nommé Dominique Rémi, horloger de son état, et venant faire fortune dans l’import-export. Charles de Montigny, impressionné par l’initiative anglaise, va s’employer à négocier l’octroi d’une Concession où pourra s’établir ce premier commerçant français. Les négociations seront très dures et très pénibles : C’est donc contre forte partie que Charles de Montigny se bat pour appliquer l’article 22 du traité de Whampoa et octroyer à la France le premier terrain qui servira de base au développement de son commerce avec la Chine.

C’est le 6 Avril 1849 que sera officiellement signée la charte de la Concession Française octroyant à la France, un terrain de 66 hectares compris entre la rivière Yang King Pang au nord, le rempart de la vieille ville chinoise (le boulevard Remin Lu d’aujourd’hui) au sud, le Huangpu à l’est et Defense creek (Tibet lu actuelle) à l’ouest. La concession était trois fois moins grande que le « Settlement » obtenu par son collègue britannique, mais ce ne sera qu’un début car elle s’agrandira pendant les cent ans qui suivirent.

Charles de Montigny quittera Changhai une première fois en juin 1853 pour revenir en France. De juin 1856 à janvier 1857 il dirigea une importante mission diplomatique à Bangkok visant à rétablir les relations diplomatiques avec le Siam, qui avaient été interrompues depuis Louis XIV. Il reviendra à Changhai en juin 1867 pour réintégrer le poste de Consul général et en partira définitivement en juin 1859. Charles de Montigny s’éteignit le 14 Septembre 1868 après une carrière diplomatique difficile et mouvementée.

Si la concession française s’est épanouie pendant 100 ans, elle le doit essentiellement à la pugnacité et au courage de cet homme.

Charles Lagrange